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HISTORIQUE D’UN FESTIVAL

En 1987, le cinéaste franco-polonais Janusz MROZOWSKI, Président de FILMOGENE découvrit au cours de ses lectures « La Danse du Singe », une nouvelle sélectionnée par le concours de la meilleure nouvelle de RFI. Il décida de la porter à l’écran et se rendit aussitôt à Bamako pour prendre contact avec l’auteur de l’œuvre, Abdoul TRAORE dit DIOP. Mais ce dernier était au Canada pour parfaire ses études en Chirurgie Générale. MROZOWOSKI parvint cependant à entrer en contact avec un ami de DIOP, Ismaël Samba TRAORE, le célèbre écrivain et chercheur malien auteur notamment de « Les Ruchers de la Capitale » et de « Hinè Nana ». Ismaël s’occupait des intérêts littéraires de DIOP et à ce titre, il donna un accord de principe au cinéaste sous réserve qu’il soit approuvé par DIOP. Celui-ci revint du Canada en 1988 et donna son plein accord au projet en exigeant toutefois que la séquence de sortie de masques prévue dans le film soit tournée à Markala, son village natal. Le film sera finalement réalisé presque exclusivement à Markala en 1991, avec la plupart des artistes maliens qui comptaient à l’époque : Balla Moussa KEITA, Diarrah SANOGO Bougougnéré, le chanteur Habib KOITE, etc. La troupe des masques et marionnettes de Diamarabougou-Markala perçut un cachet assez conséquent qui fit comprendre à ses responsables que leur art pouvait rapporter de l’argent. Deux d’entre eux, Ousmane Sidi TRAORE et Souleymane TRAORE abordèrent alors DIOP pour lui demander de trouver un cadre susceptible de rentabiliser leur art. De retour à Bamako, DIOP réunit quelques amis d’enfance, tous natifs de Markala pour leur proposer de créer un festival de masques et marionnettes dans leur village.

Le projet prit rapidement corps et il fut décidé de créer une association pour gérer ce festival : ce fut le CLUB de MARKALA.

Deux entités furent mises en place :

- Un bureau national siégeant à Bamako, sous la houlette de Daouda COULIBALY (Premier président du Club) , Seydou Soumaïla DIARRA, Mahamane TRAORE, Souleymane BOUARE , Abdoul TRAORE dit DIOP et bien d’autres.

- Une antenne locale à Markala animée par Sega BOUARE, Boubacar CAMARA, Kader DIARRA, Abdoulaye TRAORE dit MBILY, Babilé DEMBELE, Beidy TALL, etc.

Le Club se mit rapidement à l’œuvre et élabora le projet d’un festival de masques et marionnettes de Markala dénommé FESMAMAS. La date du 25 Mai 1993 fut retenue pour la 1ère édition. Prudents, les membres du Club n’avaient retenu que 6 troupes locales, venant toutes de Markala et des localités voisines de Markala. Le dossier du festival fut bouclé en février 1993 et envoyé à différents partenaires potentiels : le Ministère de la Culture, quelques ambassades, des sociétés et entreprises nationales et locales (c’est à dire implantées à Markala même). Jusqu’à la date du 22 Mai 1993, le Club ne reçut aucune réponse. C’est alors que quelques-uns de ses membres mirent personnellement la main à la poche pour mettre sur la table la somme de 1.200.000 FCFA qu’a coûté cette 1ère édition. Le budget ainsi bouclé, les membres du bureau national se rendirent à Markala le 24 Mai 1993 où les membres de l’antenne locale, informés sur l’impasse financière les attendaient dans un état d’angoisse intense. Leur soulagement fut de courte durée. En effet, deux autres problèmes qui couvaient jusque-là apparurent brutalement en plein jour.

- Tout d’abord les responsables de la troupe de Diamarabougou-Markala, ceux-là mêmes qui avaient incité DIOP à créer le FESMAMAS décidèrent de se retirer du festival sous le prétexte que l’événement devait se dérouler à Kirango-Markala, le quartier frère, voisin et non moins rival . Malgré d’intenses négociations, DIOP ne parvint pas à leur faire comprendre que le stade de football choisi pour les manifestations appartenait en fait à toute la communauté markalaise, quand bien même il est bâti sur les terres de Kirango. Le Club, la mort dans l’âme dut finalement renoncer à la participation de Diamarabougou. Des gens, ce jour-là se demandèrent si le FESMAMAS n’était pas déjà mort avant même de naître : pouvait-on se passer de Diamarabougou dont les masques et marionnettes étaient considérés comme étant les meilleurs du Mali ? - Mais il y avait une menace autrement plus sérieuse : l’administration locale s’opposa purement et simplement à la tenue des manifestations en faisant valoir que le Club de Markala, qui n’avait pas encore obtenu son récépissé (les papiers étaient dans le circuit administratif) était une association illégale. Après l’échec des négociations avec le Chef d’arrondissement, DIOP eut alors l’idée de faire intervenir M. Zoumana MAIGA, le Gouverneur de la région qui avait été son professeur de biologie au lycée et avec lequel il avait gardé d’excellents rapports. Ce dernier décida tout simplement de venir à Markala, présider lui-même les manifestations, dénouant ainsi de façon spectaculaire la crise. Sans Zoumana MAIGA, le FESMAMAS n’aurait peut-être jamais existé que sur le papier. Les premiers coups de tam-tam résonnèrent enfin ce 25 Mai 1993 au stade municipal de Kirango, à 16h49. Assis à la tribune à côté du Gouverneur, Daouda COULIBALY, le président du Club, avait oublié que son dernier vrai repas remontait à plus de 24 heures ! Mais qu’importait cela ? L’essentiel était fait : le festival pouvait commencer !

 


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